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Instabilité lexicale des langues a tons
Figure 1. Instabilité lexicale des langues a tons

Et si nous commencions par le plus urgent; first things first. La langue fè'éfě'è ainsi que ses consœurs des variantes bamilékés sont des langues à tons. Une langue à tons, ou langue tonale, est une langue dans laquelle une modification de ton amène à prononcer un autre mot très éloigné du mot désiré. Les langues camerounaises sont des langues à tons, ou langue tonale. En effet, la prononciation des syllabes  d'un mot est soumise à un ton ou une mélodie précise, et le changement du ton d'une syllabe amène alors à prononcer un autre mot et indiquer un autre sens très different. Voir la Figure 1. Ce livre est basé sur le livre "La grammaire des langues bamilekes : cas du nufi", publié le 23 juin 2015.

Chapitre 1 : Les intonations ou tonèmes des langues bamilékés[edit | edit source]

Les langues bamilékés ne sont d'ailleurs pas les seules langues à ton dans le monde; l'exemple du thaï, du chinois, du vietnamien et bien d'autres nous en dira plus. Les tonèmes les plus utilisés dans les langues bamilékés sont les suivants :

  • Ton bas, appelé dans la convention Clafrica ton 1, et représenté par une diacritique descendante sur la lettre, similaire à l'accent grave du français. Exemple : à.
  • Ton haut, appelé dans la convention Clafrica ton 2, et représenté par une diacritique montante sur la lettre, similaire à l'accent aigu du français. Exemple : á.
  • Ton moyen, appelé dans la convention Clafrica ton 3, et représenté par une diacritique horizontale sur la lettre. Exemple : ā.
  • Ton mélodieux descendant, appelé dans la convention Clafrica ton 5, et représenté par une diacritique montante puis descendante sur la lettre, similaire à l'accent circonflexe du français. Exemple : â.
  • Ton mélodieux descendant, appelé dans la convention Clafrica ton 7, et représenté par une diacritique descendante puis montante sur la lettre, similaire à un signe « v » au-dessus de la lettre. Exemple : ǎ.

N.B. il est recommandé à toutes les langues camerounaises de ne pas noter le ton le plus fréquent de la langue pour ne pas encombrer l'écriture. Cependant selon le point de vue de l'auteur de ce livre, il est nécessaire de noter tous ces tonèmes pour facilement la distinguer des autres langues romanes avec lesquelles nous partageons le même alphabet. Exemple : tua en français c'est le verbe tuer au passe-simple; tùà en nùfī signifie vantardise. L'absence du ton bas sur le mot en nùfī mènera à une confusion du lexique lorsque les deux langues sont mises ensemble.

Une autre raison pour laquelle il est nécessaire de noter tous ces tons est que, toutes les langues camerounaises ne s'accordent pas sur le ton qu'il faut omettre lors de l'écriture. Par exemple, le mə̀dʉ̂mbɑ̀ omet le ton moyen alors que le fè'éfě'è omet plutôt le ton 1. Cette discordance ne favorise pas la lecture instinctive aux apprenants de la langue.

Le ton bas ou ton 1[edit | edit source]

Mots qui se prononcent avec un moindre effort[edit | edit source]

Il est utilisé dans la plupart des mots qui se prononcent avec un moindre effort. La prononciation de ces mots se fait avec une voix basse et grave.

Exemples. Nshʉ̀' : un; làk : la chaise; mbɑ̀ɑ̀ : la viande; nsì : le sang; kò' : le tabouret; khù : le pied; mʉ̀ : moi; nzhʉ̀' : le pistache.

Passé composé ou impératif des verbes à ton 2[edit | edit source]

Le ton bas ou ton 1 est utilisé pour former soit le passé composé, soit l'impératif des verbes dont l'infinitif se forme avec le ton 2.

Exemple : sà' : verse! Son infinitif est nsá';

sɑ̀' : viens! Son infinitif est nsɑ́';

ghèn : va! Son infinitif est ngén;

sò : enfonce! Son infinitif est nsó.

Exemple : ǎ sà' : il a versé; ngɑ̌ sɑ̀' : je suis venu; pɑ̌h ghèn : nous sommes allés; ǎ sò : il a enfoncé.

Formations des noms provenant des verbes à ton 2[edit | edit source]

Ngèn : nom d'action du verbe ngén; un étranger;

ngʉ̀ : nom d'action du verbe ngʉ́; celui qui fait, l'auteur;

mfèn : nom d'action du verbe mfén; un vendeur;

nzhwìèwèn : un moqueur.

N.B. en nùfī, il n'existe aucun verbe dont l'infinitif se forme avec le ton 1.

Le ton haut ou ton 2[edit | edit source]

Il est utilisé dans la plupart des mots qui se prononcent avec un accent aigu, c'est à dire une voix fine et élevée.

Monosyllabes à ton haut (ton 2)[edit | edit source]

On retrouve rarement le ton haut sur des mots à une seule syllabe, car il est beaucoup plus utilisé soit pour la formation de l'infinitif des verbes à ton 2, soit pour la formation des noms composés.

Exemple : pʉ́ɑ́ : deux; pí : avec; mbí : à; tɑ́' : mais; ndhí : amère; kɑ́ : quoi ?

Noms composés à ton haut (ton 2)[edit | edit source]

Comme susmentionné, le ton haut en langue nùfī se retrouve le plus souvent soit dans le verbe dont l'infinitif est à ton 2, soit dans les noms composés.

Exemple : ká'nɑ̄' : l'assiette de la sauce; láánì : l'un des jumeaux; sáhwū : un compte, un calcul; fákmōh : une brulure; ghá'nù : une objection; ká'yòh : le CD; ngápnū : l'arc-en-ciel; ntə́ə́thʉ̄ : les fruits; wúzɑ̄ : la nourriture; túnù : motif, raison; húndèn : chauve; vʉ́mōh : la cendre; vhʉ́ndòh : le ciment.

Verbes avec infinitif à ton haut (ton 2)[edit | edit source]

L'auteur défini un verbe à ton 2 comme un verbe dont la première syllabe de l'infinitif de ce verbe contient au moins une voyelle à ton haut. Les verbes à ton 3 se définissent pareillement. Les verbes à ton 2 avec les verbes à ton 3 forment les deux classes des verbes en langue nùfī. L'auteur prédit que les verbes à ton 2 sont moins nombreux que ceux à ton 3. En effet, sur un corpus de plus de 8000 mots dont plus de 4000 verbes, l'analyse statistique produit 45,85% des verbes à ton 2 contre 54.95% des verbes à ton 3.

Exemple : ncák : attacher; mbá' : rougir; ncá'sí : se réjouir; nsáhghə̀ə̀ : tenir un long discours; mbɑ́' : répondre, rembourser; ndɑ́'ncà' : juger; nŋwɑ́' : écrire; mvə́htěh : sursauter; nsóhnā : se laver; nzhʉ́'ngʉ̀' : résister.

Passé composé des verbes à ton 3[edit | edit source]

Le ton 2 est utilisé pour former le passé composé des verbes à ton 3.

Exemple : verbe ncāk : chercher; ǎ cák : elle a cherché. Verbe ndēn : dire; pɑ̌h lén : nous avons dit. Verbe njū' : entendre; pěn yú' : vous avez entendu. Verbe ndā' : se taire; ngɑ̌ lá' : je me suis tu.

L'exception à cette règle est faite avec le pronom personnelle de la troisième personne du pluriel où le ton 3 est conservé au passé composé.

Exemple : pó lēn : ils ont dit; pó yū' : ils ont entendu; pó lā' : ils se sont tus, elles se sont tues.

Complément du nom et possession des mots à ton moyen (ton 3)[edit | edit source]

Pour former la possession des mots à ton 3, ce ton moyen est transformé en ton haut (ton 2).

Exemple : zēn : le nom; zén mēn à : le nom de mon enfant; kā' : l'assiette; ká'nɑ̄' : l'assiette de la sauce; mbēn : le lait; mbénɑ̀' : le lait de vache; pēn : verbe accepter; pénthʉ̄ : la foi.

Le ton moyen ou ton 3[edit | edit source]

Il est utilisé dans la plupart des mots qui se prononcent avec une même hauteur de son du début de la prononciation à la fin d'où son nom ton moyen ou ton de nivellement. Ici, le son semble un peu plus étiré et donc sonne un peu plus longtemps par rapport au ton 1 et 2. Il est vrai que les non natifs, ou alors ceux qui n'ont pas une oreille musicale avancée (en anglais tone-deafness), ne feront aucune distinction entre le ton haut et le ton moyen, différence pourtant capitale pour distinguer des mots parfois très éloignés les uns des autres.

Monosyllabes à ton moyen (ton 3)[edit | edit source]

Contrairement au ton 2, on retrouve le ton moyen sur la plupart des mots à une seule syllabe. A cet effet, Il est en concurrence avec le ton 1. Quant à savoir le ton prédominant des monosyllabes, avec le corpus des mots à notre disposition, cela pourra facilement faire l'objet d'une recherche pour les intéressés.

Exemple : mbā' : un homme; kā' : l'assiette; ghām/ghāp : dix; lām/lāp : la langue; kə̄ə̄ : le crabe; pēn : le sein; sī : le visage; ndhī : un vêtement; mvī : la chèvre; nzī : le nez; pō : la main; sō : la houe; nū : le serpent; ndū : le mari; pū' : un paquet; sūā : le lièvre; fhʉ̄ : le cadavre; ndʉ̄ɑ̄ : la maison.

Noms composés à ton moyen (ton 3)[edit | edit source]

Différemment du ton haut le ton moyen se trouve rarement dans les noms composés. Cependant, il est plus utilisé dans la formation des verbes pluri-syllabiques. Quelques rares exemples où l'on retrouve les noms composés à ton moyen sont : sɑ̄'sūā : le lièvre; nɑ̄'sīē : ambroisie, nourriture que l'on donne aux ancêtres pour calmer leur colère.

Verbes avec infinitif à ton moyen (ton 3)[edit | edit source]

L'auteur défini un verbe à ton 3 comme un verbe dont l'infinitif commence par une syllabe à ton 3. Comme mentionné plus haut, les verbes à ton 2 et ceux à ton 3 forment les deux classes des verbes en langue nùfī. L'auteur conjecture que les verbes à ton 3 sont plus nombreux que ceux à ton 2. En effet, sur un corpus de plus de 8000 mots dont plus de 4000 verbes, l'analyse statistique produit 45,85% des verbes à ton 2 contre 54.95% des verbes à ton 3.

Exemple : ncāk : chercher; mbā' : croiser; ncā'sī : piétiner à plusieurs reprises; nsāhnù : causer; mbɑ̄' : tisser, natter; ndɑ̄' : demeurer, passer la nuit quelque part; nŋɑ̄' : porter; nzēnshì : danser; nsōknù : converser, dialoguer, conter; nzʉ̄' : cultiver.

Impératif des verbes à ton moyen (ton 3)[edit | edit source]

Le ton 3 est utilisé pour former l'impératif des verbes dont l'infinitif se forme avec le ton 3.

Exemple : cāk : cherche ! Pā' : croise ! Cā'sī : piétine à plusieurs reprises ! Sāhnù : cause ! Pɑ̄' : tisse, natte ! Lɑ̄' : demeure, passe la nuit ! Ŋɑ̄' : porte ! Zēnshì : danse ! Sōknù : parle! Zʉ̄' : cultive.

Le ton mélodieux descendant ou ton 5[edit | edit source]

Le ton mélodieux descendant, encore appelé ton modulé descendant ou ton 5 est un ton lexico-grammatical. En effet, il est originalement utilisé grammaticalement pour former des noms provenant des verbes dont l'infinitif est à ton 3. Il est aussi utilisé pour former le nom des professions.

Formations des noms provenant des verbes à ton 3[edit | edit source]

Le ton mélodieux descendant ou ton 5 peut être utilisé pour la formation des noms provenant des verbes à ton 3.

Exemples : Mbʉ̂' : celui qui soulève; son infinitif est mbʉ̄'. Mvâ'nkà' : un trouble-fête; son infinitif est mvā'nkà' : troubler. Nzên : un danseur; son infinitif est nzēn : danser; nzênshì : danseur; nzēnshì : danser. Nzɑ̂ : mangeur, vainqueur; son infinitif est nzɑ̄ : manger, gagner; nzɑ̂wū : mangeur, gourmand; nzɑ̂ndʉ̄ɑ̄ : successeur, qui a gagner une concession. Ncwâh : tout linge servant à essuyer; son infinitif est ncwāh : essuyer; ncwâhnā : qui sert à essuyer le corps, la serviette; ncwâhtèn : l'essuie-fesses, le papier hygiénique.

Formations des noms de professions[edit | edit source]

Le ton mélodieux descendant ou ton 5 peut être utilisé pour la formation des noms de profession provenant des verbes à ton 3.

Exemples : Nzʉ̂'nʉ̀ɑ̀ : cultivateur; du verbe nzʉ̄'; litt., cultiver les billons. Mbɑ̂'nshìè : tisserand, vannier; litt., celui qui tisse les paniers. Mbɑ̂'tū : coiffeuse; litt., celui ou celle qui tisse les cheveux. Ncâkngà' : chercheur; litt., qui cherche la racine, qui cherche l'origine. Sêntēē : client, litt., l'ami du marché; ntâ'ntēē : commerçant; du verbe ntā'. Njwên-wū : acheteur; du verbe njwēn; litt., celui qui achète quelque chose.

Le ton mélodieux ascendant ou ton 7[edit | edit source]

Le ton mélodieux ascendant, encore appelé ton modulé ascendant ou ton 7 est un ton plus grammatical que lexical. En effet, il est utilisé grammaticalement pour former le complément du nom des mots à ton 1; Exemple: khù : le pied; khǔ nə̀ə̀lāk : le pied du cheval.

  • Quelques exemples de complément du nom des mots à ton bas (ton 1).

Pour former le complément du nom des mots à ton 1, ce ton 1 est transformé en ton 7.

Exemple : khǔndʉ̄' : la roue; lit., le pied du véhicule; ndǔ' mbɑ̄' ō : le vin de mon père; mbǎ'zə̄h : le globe oculaire; litt., le noyau de l'œil; kǎ'mfɑ̀' : le programme, le plan; litt., la ligne, les directives du travail; wěnmbèè : un villageois, une personne du village; mfɑ̌'mbō : le travail manuel, le travail de la main; pʉ̌mbèè : les villageois; litt., les gens du village.

Remarques

  • les cinq tons ci-dessus sont les tons conventionnels d'écriture de la langue nùfī. Cependant, rigoureusement, dans la langue parlée, certains tons mélodieux 7 devraient être transcrits par un ton bas suivi d'un ton moyen.

Exemple : khǔndʉ̄' devrait rigoureusement être transcrit par nku᷅ndʉ̄'. On devrait rigoureusement écrire pɑ̌h ghe᷅n ko᷅ nshwī : nous sommes allés au champ de bois. Mais dans les textes transcrits jusqu'à nos jours, on retrouvera écrit pɑ̌h ghěn kǒ nshwī. Cette précision de ton est très utile pour pouvoir par exemple faire une différence entre we᷅nmbèè : un villageois et wěn mbèè : il y a quelqu'un à la maison.

  • On observe que, lorsqu'un mot contient le ton montant (ton 7), si le mot suivant est un mot simple à ton moyen (ton 3), ce ton moyen se transforme en ton haut (ton 2). Exemple: pēn : accepte; ngɑ̌ pén : j'ai accepté; nthʉ̄ : le cœur; mais on dit sɑ̌hnthʉ́, tǎ'nthʉ́ : le courage.
  • On observe aussi que, lorsque le mot qui suit est un mot à ton moyen (ton 3), la voyelle précédente se termine aussi par un ton moyen. Exemple: nku᷅ndʉ̄'; ko᷅ nshwī. Tout se passe donc comme si la voyelle suivante commandait la précédente. Donc khǔndʉ̄' et kǒ nshwī sont grammaticalement erronés.
  • Il faut par ailleurs être en mesure de distinguer lǎk nə̀' : la chaise s'est affaissé de la᷅knə̀' : la chaise où l'on se couche, le sofa, le canapé.
  • Tous les points grammaticaux ne sont pas inclus dans les cinq tons ci-dessus. Lors de la conjugaison des verbes par exemple, nous verrons comment les tons de l'infinitif des verbes se déclinent en l'un des tons étudiés dans ce premier chapitre. Les verbes dont l'infinitif est à ton 2 par exemple peuvent dans certains cas se décliner en ton ascendant.

Exemple : verbe ngé' : aller. Pó zàb ī, à ghê' : on l'a tapée et elle a pleuré.

Tons supplémentaires dans les langues bamilékés[edit | edit source]

L'ensemble des tons supplémentaires des langues bamilékés est présenté sur la Figure 2 ci-dessous.

Tons supplémentaires dans les langues bamilékés
Figure 2. Tons supplémentaires dans les langues bamilékés

Exemples d'utilisation des tons supplémentaires

Ton 32. Ǎ na᷄' ? A-t-elle préparé ?

Ton 23. Kɑ́ tɑ́ ó mɑ̀ mfɑ᷇' ? Kɑ́ tɑ́ ó mɑ̀ ngʉ́ʉ̄ ? Que fais-tu ?

Ton 31. Ǎ ywēèn ? A-t-il acheté ? Njwēn kɑ́ lī ? Nzʉ̄ʉ̀ ? Acheter quoi ? Les noix de palme ?

Ton 13. Ghe᷅n ŋwɑ̀'nì : va à l'école. La᷅knə̀' : le sofa; litt., la chaise où l'on se couche. Za᷅k pēē : le mortier de taro. Ngʉ̀ʉ̄'nkə̀'nì : le pouvoir de l'amour. Nshi᷅mōh : le pétrole. Mbɑ᷅'ndhī : le bouton d'habit. Nkhù ma᷅ : mes pieds; nkhù mo᷅ : tes pieds; nkhù mi᷅ : ses pieds. Ya᷅, yo᷅, yi᷅ : le mien/ le tien/ le sien.

N.B. le ton 31 est parfois proche, et peut être remplacé par le ton 5. Ex. nzʉ̄ʉ̀ = nzʉ̂.